Classe virtuelle : une solution crédible pour maintenir l’engagement et la motivation des apprenants ? [2/2]

Le rôle central du pédagogue : créer de la présence à distance !

Il y a 20 ans déjà, Geneviève Jacquinot[1],[2],[3] examinait les défis induits par la transformation numérique de la formation en identifiait 6 types de distances intervenant dans les processus d’apprentissages. Elle définit alors notamment le concept de distance pédagogique encore nommé distance transactionnelle dans les travaux de Moore[4] (et plus généralement dans la littérature anglo-saxonne) et démontre ainsi qu’il est impératif de sortir « d’une certaine conception de la médiation technologique qui vise à triompher de la distance spatiale dans les formations distancielles ».Dans son interview, Thierry Laffont insistait d’ailleurs sur le fait que la question de cette distance pédagogique se pose tant en présentiel qu’en distanciel…

En posant les bases d’une réflexion sur les relations entre enseignant, apprenant et savoir à l’ère du numérique, ses travaux ont constitué un tournant majeur dans la manière d’appréhender les modalités d’apprentissage numérique. Ils ont permis de prendre conscience que les processus d’animation et de scénarisation rendent “psychologiquement » présents l’un pour l’autre apprenants et pédagogue qu’ils soient en présence les uns des autres ou à distance. Dans le cas de la classe virtuelle, l’ensemble des interactions mises en jeu établit une sorte de passerelle entre distance spatiale qui sépare les apprenants du pédagogue et proximité cognitive qui les relie[5],[6] ce qui conduit au concept de présence à distance largement utilisé aujourd’hui pour qualifier cette modalité.

L’importance de cette nouvelle posture du pédagogue a notamment été confirmée par des travaux de recherche portant sur les taux de complétude des programmes d’apprentissage numérique et plus particulièrement sur les facteurs de décrochage des apprenants. Ces derniers ont en effet démontré qu’une part importante des abandons constatés était liée au sentiment d’isolement des apprenants[7] qui limite leur aptitude à l’auto-direction[8],[9].

Comment organiser une classe virtuelle ?

Milieu académique et acteurs du digital learning ont travaillé à définir les paramètres qui permettent d’utiliser la classe virtuelle comme levier dans l’accompagnement des apprenants et dans le maintien de leur motivation et de leur engagement. Ces derniers permettent de définir un certain nombre de guidelines qui peuvent orienter les pédagogues dans la conception et la préparation d’une classe virtuelle.

Préparation de la séance

En amont, la classe virtuelle demande une préparation soignée, souvent plus fastidieuse que celle de la classe traditionnelle. Pour que la session soit fluide et l’animation continue, la granularité du cadrage doit être importante, tant sur le plan chronologique que sur le plan du contenu. Le formateur devra ainsi préparer un « agenda » de la classe qui recense et présente clairement aux apprenants les différentes « étapes et activités pédagogiques proposées ». Le pédagogue devra également prévoir des ressources documentaires qui permettent d’une part d’illustrer les apprentissages proposés et d’approfondir les concepts et notions abordées (pour les étudiants qui le souhaitent !). Enfin, story-board et scénarios pédagogiques sont de précieux outils pour induire et animer la collaboration entre apprenants, une attention particulière devra-être portée à leur préparation.

Ultime étape préparatoire, dans la demi-heure qui précède la séance il est préférable de télécharger et tester les supports documentaires et multimédias ainsi que de tester le matériel (casque, micro, caméra…) afin d’éviter les mauvaises surprises. Et pour prévenir tout problème technique, mieux vaut également inviter les apprenants en avance afin de les accueillir individuellement, de leur faire tester leur matériel et de leur rappeler les règles élémentaires de fonctionnement de la classe virtuelle.

Implication préalable des apprenants

L’implication des apprenants passe également par des actions de communication préalables à la classe virtuelle, elles permettent à l’animateur d’initier les apprenants à certaines dimensions inhérentes à cette modalité d’apprentissage :

  • Motivationnelles : Expression des attentes des apprenants, clarification des objectifs pédagogiques, démonstration de leur alignement avec des objectifs opérationnels.
  • Techniques : favoriser la prise en main de l’outil en fournissant un guide d’utilisation (config. système nécessaire, applis à installer, fonctionnalités, règles de fonctionnement, etc.).
  • Participatives : sensibilisation à l’importance de l’implication, de la contribution, du partage et de l’échange dans la réussite du dispositif pédagogique. Certains pédagogues ouvrent un espace de discussion en amont de la séance afin de favoriser ces mécanismes d’échange et de collaboration durant la classe !

Animation

Ne tombez pas dans le piège de l’approche transmissive, l’objectif de la classe virtuelle c’est de d’accompagner les étudiants dans leurs apprentissages et de favoriser le peer-learning. La réussite de la classe virtuelle passe avant tout par un changement de posture du formateur. Ce dernier doit adopter le rôle de guide, d’animateur des apprentissages. Suivez votre scénario pédagogique et votre story-board pour dérouler les animations et activités qui permettront d’impliquer les apprenants et de les amener à apprendre par l’échange mais aussi par le « faire »… Souvenez-vous, apprendre, c’est toujours mieux ensemble !

Suivi de l’implication et évaluation des apprenants

N’oubliez pas de proposer des quizz, des exercices pratiques, des sondages ou encore des partages d’expérience afin d’évaluer la progression des apprenants et de vous assurer que les objectifs pédagogique que vous aviez collectivement définis ont été atteints.

Avec un « moment synchrone et collectif », un cadre structuré et des outils d’accompagnement dynamiques tournés vers l’apprentissage collaboratif, la classe virtuelle constitue un outil très intéressant dans un parcours d’apprentissage mixte, en conjuguant les avantages du présentiel (présence d’un pédagogue, échange avec les pairs, dimension pratique…) et du distanciel (pas de déplacement nécessaire). Elle pourrait notamment se montrer intéressante pour adresser les problématiques de complétude et d’engagement des programmes de digital learning…

Découvrir l’interview de Thierry Laffont, spécialiste de la classe virtuelle – accéder à la première partie de ce focus, bonne lecture;)

SOURCES

[1] Depover C. et Marchand L., « e-learning et formation des adultes en contexte professionnel ». DeBoeck, 2002.

[2] Jezegou A., « Apprentissage autodirigé et formation à distance ». Distances et savoir, vol. 8, 2008.

[3] Jezegou A., « Créer de la présence à distance en e-learning. Cadre théorique, définition et dimensions clés ». Distance et savoirs, 2010.

[4] Moore M., « Theory of transactionnal distance ». Theoritical principles of distance education, 1993.

[5] Paquelin D., « La distance, question de proximités ». Distances et savoirs, où va la distance, vol. 2, 2014.

[6] Paquelin D., « Présence, distance : vers de nouvelles configurations organisationnelles. Distance et médiation des savoirs, vol. 7, 2014.

[7] Jacquinot G., « Apprivoiser la distance et supprimer l’absence ? Ou les défis de la formation à distance ». Revue française de pédagogie, vol. 102, 1993.

[8] Jacquinot G., « Qu’apporte l’interactivité dans l’apprentissage ? Apprendre avec le multimédia, où en est on ? ». Retz, 1997.

[9] Jacquinot-Delaunay G., « Absence et présence dans la médiation pédagogique ou comment faire circuler les signes de la présence ». Pratiquer les TICE, former les enseignant et les formateurs à de nouveaux usages. DeBoeck,

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